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Revue de Presse

Florence Besson chez elle à Paris, le 11 octobre 2018. (©Roberto Frankenberg)

Florence Besson, la journaliste de "Elle" qui a changé de vie pour se lancer dans l’agriculture


Il faut parfois du temps pour faire le constat qu’« être dans l’apparence » étouffe et qu’on se renie dangereusement à demeurer qui l’on n’est pas.

« Toucher terre » est le grand récit, par Florence Besson, de cette métamorphose. Belle journaliste à « Elle », couverte d’éloges, plongée dans la vie parisienne et ses facilités, entre une Nicole Kidman à interviewer, un champagne à sabrer, une fête de nuit à honorer sur le toit du Printemps-Haussman. Mais quelque chose n’allait plus.

« Et soudain on n’est plus chez soi dans sa vie », écrit-elle.

La petite voix en elle se faisait de plus en plus présente et les dîners-en-ville avec de gens « trop intelligents pour ne pas savoir le vide », de plus en plus pesants. « Quelqu’un rit fort et je crois bien que c’est moi, se disait-elle. Mon Dieu, comme j’ai envie d’autre chose. » Mais quand les dés sont jetés et sa vie bien tracée, comment faire ? Un soir, on lui a glissé le nom d’une école agricole dans le Calvados. Avant le dessert, sa chaise était vide.

« Se renouveler pour ne pas mourir »

On la retrouve au volant d’une voiture sans âge qui monte et descend les collines verdoyantes sous des cathédrales de hêtres, en route vers une vie toute neuve.

J’étais portée. On aurait dit qu’une autre tenait le volant. Un désir venait de trouver sa sortie, de l’air, de quoi déployer ses ailes.

Florence Besson travaille la terre désormais et prend place parmi les agriculteurs, de plus en plus nombreux, qui œuvrent à inverser l’ordre des choses avant qu’il ne soit trop tard. Ils ne veulent plus d’un système qui a rendu les terres infertiles avec trop de chimie répandue dans les sols et la disparition des vers de terre précieux, ni d’un monde où les animaux sont une matière première comme une autre à rentabiliser avec cruauté. Le passage où Florence devenue stagiaire agricole accompagne six agneaux à l’abattoir est un condensé de toute l’inhumanité du modèle contemporain.

On trouvera aussi de très belles pages sur la joie de « se renouveler pour ne pas mourir ». Notre siècle justement redécouvre Spinoza. Ce philosophe proposa au XVIIe siècle le concept de conatus, qui est l’effort de « persévérer dans son être ». Dans la campagne normande, une spinoziste va bientôt ouvrir une ferme pédagogique.

Article paru dans L’Obs,
Le

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